RemoteTémoignage

Deux Jobs en Remote | Témoignage d’Hadrien Lanneau

Publié
Portrait n°5 : Hadrien Lanneau, ingénieur web de 34 ans, en remote depuis 2014

Hadrien Lanneau, 34 ans, a testé le remote dans deux entreprises différentes depuis 2014. Proche des métiers de Nicolas Tobo (portrait n°1) et Florian Strzelecki (portrait n°4), Hadrien est ingénieur web, un métier qui permet facilement de faire du remote. Ravi de ce mode de travail, il observe néanmoins que ça peut être plus difficile dans une entreprise qui autorise le remote mais n’en a pas adopté la culture.

Si tu ne sais pas ce qu’est le “remote”, je t’invite à lire la définition du remote.

Après 9 ans d’expérience en entreprise “classique”, Hadrien Lanneau passe en remote et expérimente deux entreprises différentes dans ce format

2006 – 2013 : 8 ans chez Overblog à Toulouse en mode de travail “classique”

La transition d'Hadrien Lanneau, ingénieur web de 34 ans, vers un travail en remote
Pictos : Grant Fisher, Bjorn Andersson

Hadrien a commencé à travailler comme ingénieur web en 2006 à Toulouse. Entré chez Overblog, une plateforme pour créer des blogs sans connaissance technique, il y est resté huit ans.

“Ingénieur web” est une expression générique qui englobe plusieurs métiers du web. En commençant chez Overblog, Hadrien était plus précisément “Front-End Architect” : il était référent pour tous les développements front-end (pour les novices : c’est ce qui est lié à la partie visuelle d’un site, et pas les mécanismes). Il a aussi développé un framework (une structure de développement) et guidait ses collègues pour l’utiliser.

Fin 2013, Hadrien, comme d’autres personnes dans l’entreprise, n’apprécie plus certaines conditions dans lesquelles il travaille. Il s’en va en claquant la porte.

Janvier 2014 : deux boulots plus alimentaires que par conviction à Toulouse pendant un an

En restant à Toulouse, Hadrien travaille dans deux entreprises. “Des postes pas très intéressants, pour manger”, le temps de retrouver un CDI.

Le premier poste était dans une toute petite startup qui s’avère avoir mis la clé sous la porte un mois après l’arrivée d’Hadrien.

Le second poste était dans une petite ESN (Entreprise de Services Numériques) locale.

Juin 2014 : premier job remote de 1,5 an chez Tigerlily, qui n’existe plus aujourd’hui

Tigerlily repère Hadrien grâce à son blog

En Juin 2014, Hadrien rejoint Tigerlily, une entreprise qui développe un outil de marketing pour les réseaux sociaux, créée en 2010 et basée à Paris. “J’ai reçu une offre d’une boîte parisienne qui m’a proposé de travailler en remote depuis Toulouse”, m’explique Hadrien.

A cette époque, Hadrien écrivait sur des sujets liés au web et au développement sur son blog (c’est d’ailleurs via son blog que j’ai découvert qu’Hadrien faisait du télétravail). Il était bien référencé sur Google et, comme il a lié son CV à son site, il reçoit parfois des emails par ce biais.

“Ce qui a permis le lien avec Tigerlily, c’est que j’étais dans une phase de découverte du framework Angular et que je postais du coup pas mal d’articles sur le sujet. Tigerlily cherchait un expert de ce framework et m’a donc trouvé grâce à mes articles.”

A la base, Tigerlily lui avait proposé le poste à Paris. Après qu’Hadrien ait répondu qu’il ne pouvait répondre à leur offre car il était à Toulouse, ils lui ont proposé le poste en remote.

Tigerlily avait déjà adopté un fonctionnement remote pour une première collaboratrice qui souhaitait en faire

Tigerlily avait déjà fonctionné avec quelqu’un en remote. Une des collaboratrices était Mexicaine. Quand elle avait voulu rentrer au Mexique avec son compagnon, on lui a proposé de travailler en remote depuis le Mexique.

Pour faire la transition en douceur, Tigerlily s’est mis en situation de distance avec la jeune femme Mexicaine. Elle a commencé par travailler dans un bureau isolé pendant deux mois avant de partir au Mexique.

Les dirigeants de Tigerlily ont aussi opéré une véritable transition, en instaurant de nouveaux outils de communication. Ils ont décidé de faire utiliser Slack à toute l’équipe. Slack est un outil de communication d’équipe qui permet, entre autres, de tchatter, de segmenter les conversations par sujet et par personnes concernées. Ainsi, même depuis le Mexique, la jeune femme pouvait être en communication facilement avec le reste de l’équipe.

Hadrien est le second en remote

“Moi j’ai été le second en télétravail. A la fin on était huit développeurs dont trois en télétravail.”

Il n’y avait pas d’autres métiers en remote chez Tigerlily, “mais ça aurait pu si l’aventure avait continué je suppose”.

La rémunération d’Hadrien n’est pas indexée sur sa ville

Indexer la rémunération au lieu de vie peut être un avantage recherché par les employeurs qui ont recours au remote. Ce n’était pas le cas de Tigerlily. La rémunération d’Hadrien était la même que ses collègues parisiens.

L’avantage pour Hadrien c’est que sa rémunération était élevée pour le niveau de vie toulousain (il n’aurait pas eu le même niveau de vie en habitant en Paris, où tout est plus cher qu’à Toulouse).

“Chez Tigerlily, j’avais un salaire haut toulousain et bas parisien. En tout cas, j’avais le salaire que j’avais demandé lors de l’entretien.”

Tigerlily arrête son activité et met ses effectifs en licenciement économique

“On était une trentaine quand je suis arrivé, une quinzaine quand je suis parti. La boîte a coulé. Les clients ont trop tardé à signer pour la dernière version du produit et les liquidités se sont épuisées trop vite.”

Hadrien se retrouve alors en Contrat de Sécurisation Professionnelle (CSP), une des procédures qui peuvent être proposées en cas de licenciement économique. Il s’agit d’un suivi mené par Pôle Emploi. Il inclut un bilan de compétences et d’orientation professionnelle, puis la mise en place d’un plan d’action pour le retour à l’emploi. Il peut inclure notamment de la formation professionnelle.

Mais surtout, cette procédure permet au licencié (qui n’est pas qualifié comme chômeur mais comme stagiaire) de garder 100% de son salaire pendant un an (ce qui a son importance pour la suite de l’histoire d’Hadrien).

Novembre 2015 : suite au licenciement économique par Tigerlily, Hadrien essaye de monter une startup pendant 9 mois

Suite à ce licenciement économique, Hadrien se tourne vers l’entrepreneuriat : “Pendant neuf mois, j’ai essayé de monter une startup”.

De novembre 2015 à juillet 2016, Hadrien mène le projet de Reverb app, un outil pour aider les communautés à repartager automatiquement certains “posts” sur les réseaux sociaux, avec l’aide d’autres personnes (collaborateurs/fans/membres).

Pendant neuf mois, il construit le PMV (Produit Minimum Viable = une version simple mais avec les fonctionnalités principales, pour pouvoir commencer à la tester), pendant que son binôme sur le projet cherche des beta testeurs (en plus de son emploi à temps plein).

Au bout de neuf mois, Hadrien décide d’arrêter sa startup.

Septembre 2016 : Hadrien commence un nouveau job en remote chez Sport Heroes Group

Après son aventure entrepreneuriale, Hadrien retourne dans le salariat, en rejoignant Sport Heroes Group en septembre 2016.

“Je suis resté en contact avec mes anciens collègues de Tigerlily. L’ex-CEO (directeur général) de Tigerlily, Matthieu Chereau, a rejoint une autre boîte, Sports Heroes, qui avait sous-loué les bureaux de Tigerlily pendant deux ans. Il m’a proposé de les rejoindre.”

Même si Sport Heroes n’est pas habitué au remote, Matthieu semble avoir suffisamment convaincu son équipe qu’Hadrien était compétent malgré la distance, pour accepter de lui proposer un poste en remote.

Sport Heroes, une entreprise qui propose des produits à une communauté de sportifs et promeut les bienfaits de l’activité physique

Créée en mai 2014 et basée à Paris, Sport Heroes Group veut “accompagner les gens pour vivre leur vie plus intensément (émotions, expériences, valeurs) et plus longtemps (en meilleure santé)”. Côté grand public, ils développent et animent une communauté de sportifs de près de 600 000 personnes. Cette communauté est mise en relation avec des marques de sport partenaires tout au long de l’année.

Côté entreprises, Sport Heroes Group propose des solutions technologiques pour engager les collaborateurs et répandre une culture du bien-être et des bienfaits d’une activité physique régulière.

Ils proposent notamment des produits pour faire de la course connectée (running, natation). En se connectant à ces objets connectés, Sport Heroes peut proposer des réductions sur le site Running Heroes aux participants en fonction de leur performance.

Dans son nouveau poste, Hadrien s’occupe du développement des différents sites de Sport Heroes Group

Maintenant senior dans son métier, Hadrien est devenu ingénieur web full stack (il possède des compétences techniques suffisantes pour savoir développer un site web de A à Z tout seul). Il gère le développement des différents sites du groupe.

Chez Sport Heroes, la culture du remote n’est pas ancrée et l’équipe la subit davantage

Contrairement à Tigerlily, qui avait déjà adopté le remote pour une personne avant Hadrien, et avait instauré l’outil Slack, Sport Heroes n’est pas du tout habitué à avoir des collègues en remote.

“Pendant les premiers mois après mon arrivée, je sentais que le télétravail n’était pas partie intégrante de la culture de l’entreprise. Le télétravail occasionnel était pratiqué par mes collègues parisiens, mais je me sentais un peu comme exclus du groupe, ce qui est par moments démotivant. Les choses ont commencé à changer quand un second collaborateur en télétravail nous a rejoint.”

Comme chez Tigerlily, Hadrien n’est pas seul à faire du remote. Une autre personne travaille aussi de cette manière. Sur 35 personnes dans l’équipe, ils sont donc deux en remote. Mais contrairement à Tigerlily, le remote n’a pas été accepté comme mode de fonctionnement par défaut.

Chez Sport Heroes, les salaires ne sont pas indexés sur les villes non plus (en tout cas pas pour les salariés français), mais plutôt sur l’ancienneté.

“Depuis janvier 2017, nous avons une grille de salaires. Nous avons tous les mêmes salaires par rapport à l’ancienneté. Celle-ci n’apporte des bonus géographiques que pour les salariés des bureaux australiens et londoniens. Nous autres provinciaux avons donc droit au même salaire que les parisiens. Cependant, cette grille est en cours de remaniement pour prendre justement en compte un bonus pour les parisiens et ainsi suivre la tendance des salaires régionaux.”

Le point juridique : deux CDI, deux clauses légèrement différentes mais des situations similaires dans la pratique

Dans ses deux expériences en remote, Hadrien a eu des contrats en CDI. Sa situation de télétravail à temps plein a été encadrée légèrement différemment dans les deux contrats :

  • Chez Tigerlily, le contrat de travail indiquait que le lieu de travail était le domicile d’Hadrien à Toulouse, mais que le poste pourrait impliquer des déplacements, qui seraient pris en charge par la société.
  • Chez Sport Heroes Group, le contrat précise qu’Hadrien doit être joignable entre 9h30 et 18h et se rendre mensuellement au siège local parisien.

En revanche, dans la pratique, les deux situations sont assez similaires :

“En pratique, il n’y a aucune différence. Je ne pointe pas, personne ne me flique. C’est aussi assez libre sur place à Paris.

“Concernant les déplacements, ce n’est pas non plus systématique. Il arrive que je ne vienne qu’un mois sur deux, le temps passe tellement vite qu’on oublie de réserver une date. C’était la même chose chez Tigerlily.

“Depuis quelques mois, il y a un effort de la part de Sport Heroes d’organiser des événements pour plus facilement justifier la présence de tous les salariés : séminaires, hackathon. C’est quand même mieux que de venir pour faire le même travail qu’à la maison, le bruit et le stress parisien en plus ;)”

L’organisation en remote d’Hadrien Lanneau

Dans ses deux expériences en remote, Hadrien a fait le choix de travailler depuis chez lui

Pour sa première expérience en remote, Hadrien travaille depuis son appartement toulousain

Pendant qu’il travaillait pour Tigerlily, puis sur son projet de startup, Hadrien travaillait depuis chez lui, dans son appartement toulousain.

Pour sa deuxième expérience en remote, Hadrien travaille depuis une maison avec vue sur colline et champs dans le Gers

Depuis novembre 2016, Hadrien a déménagé. Il a troqué son appartement urbain toulousain pour une maison dans le Gers, “avec une magnifique vue sur les collines et les champs.”

“Ma femme est infirmière. Jusqu’à peu, elle était deux jours à la maison et mes enfants venaient manger entre midi et deux. Du coup j’avais de la compagnie. Je ne ressentais pas le besoin d’aller dans un espace de coworking.

“Maintenant, elle a changé de poste et travaille 8h tous les jours (ce qui est normal en entreprise, mais pas systématique pour les infirmières, qui travaillent souvent par tranches de douze heures). Les enfants mangent du coup tous les jours à la cantine car je n’aurai pas le temps de les chercher, leur préparer le repas et les ramener à l’heure sans m’épuiser.

“Suite à ce changement, on me dit d’aller dans des espaces de coworking parce que les gens en général n’aiment pas la solitude et conseillent donc de rejoindre un espace de coworking. Moi je suis plus casanier et ce n’est pas un besoin que j’éprouve. Je suis très bien au calme chez moi avec mon bureau debout, mon écran 27″ et ma connexion très haut débit qui me manquent quand je travaille ailleurs.”

Une routine organisée autour des horaires d’école de ses enfants

“Je suis assez routinier. Ma journée est rythmée par les horaires d’école de mes enfants. Je me lève vers 7h, j’emmène mes enfants vers 8h, et je suis l’un des premiers à me présenter au travail, entre 8h30 et 10h grand maximum (et le soir je m’arrête entre 17h30 et 19h). Mes collègues parisiens, eux, arrivent vers 10h/10h30.

“Le jeudi, je dois amener mon fils au basket”.

Avant d’attaquer le boulot, Hadrien s’occupe de son potager et fait son footing

Hadrien remplace le temps qu’il aurait passé dans les transports pour aller au boulot par  :

  • du sport (il fait son footing)
  • un moment jardinage : “Le matin, je m’occupe du potager (surtout au printemps et en été)”
  • et des tâches ménagères : “Je m’occupe de la maison en général : ménage, linge, vaisselle, etc.

Quand il se met au travail, Hadrien est très concentré et ne lève le nez qu’au bout de trois ou quatre heures

“Quand je commence à bosser, je me focalise énormément sur mon travail, je ne vois pas le temps passer. Je passe 3 ou 4h sans lever le nez du guidon. Parfois je me dis « oula, stop, petite pause ».”

En remote, Hadrien communique par tchat avec ses équipes et est à l’aise avec ça

En remote, il y a une culture du tchat. Comme on n’est pas dans les bureaux quand on travaille en remote, il est indispensable d’avoir un outil de communication à distance. Depuis quelques années, les tchats ont remplacé la communication par email en grande partie dans les entreprises qui recourent au remote.

Les deux entreprises dans lesquelles Hadrien a travaillé en remote -Tigerlily puis Sport Heroes Group- utilisaient des tchats pour communiquer. Hadrien s’en est très bien accommodé.

“Je n’ai pas de difficulté à m’intégrer car je m’exprime assez facilement sur les tchats. Mieux qu’en face-à-face même.”

Pratique assez répandue en remote, Tigerlily avait créé un “channel” (fil de conversation) “Machine à café” dans Slack.

“Ca permettait de créer du lien. Ca aide quand on se retrouve « IRL ».” (IRL = in real life = physiquement)

“Je trouve même que la communication était facilitée par rapport à un travail de bureau car, avec Slack, on peut communiquer de façon asynchrone. Alors qu’avec une vraie machine à café, on ne s’y réunit pas forcément tout le temps ensemble. Et on a tendance à rester avec les mêmes personnes (son voisin de bureau par exemple).

Hadrien estime ne pas plus procrastiner que quand il bossait dans un bureau

C’est une question récurrente que l’on reçoit quand on travaille de chez soi : “est-ce que tu arrives à te motiver à travailler tout seul tous les jours ?”. Et pour cause, la procrastination touche pas mal de personnes qui travaillent. Mais Hadrien estime que le fait de travailler en remote n’augmente pas sa propension à procrastiner.

“J’ai connu des gens qui passaient l’aprem sur Youtube alors qu’ils étaient dans un bureau. Moi j’ai des moments où je procrastine mais pas plus que quand j’étais en bureau. La seule différence c’est que quand ça m’arrive chez moi, j’ai pas la pression du manager dans mon dos.”

Le lien de confiance : un socle essentiel qui permet au travail en remote d’Hadrien de marcher

Alors que Florian (portrait n°4) présentait la chose en disant que c’est le remote qui crée le lien de confiance, Hadrien trouve que le lien de confiance est la base nécessaire pour pouvoir faire du remote. C’est un peu l’histoire de l’oeuf et de la poule, mais ce qu’on comprend c’est qu’il faut un lien de confiance entre le travailleur remote et son manager pour que le remote fonctionne.

“Le lien de confiance, c’est le point principal pour que ça marche. Le salarié doit avoir confiance en ses managers et inversement. Moi j’ai confiance dans la capacité de mon manager à être conscient de la valeur de mon travail. Comme il voit le travail que je fais, il se rend compte que je glande pas. Je ne me sens pas la nécessité de lui faire un rapport tous les jours.”

“Mon manager est ouvert à ça. Il n’a pas de soucis avec le remote.”

Top 7 des avantages du travail remote selon Hadrien Lanneau

Top 7 des avantages du remote selon Hadrien Lanneau
Pictos : Josh Nordeen

#7 La distance donne une liberté sur l’organisation de son emploi du temps

Hadrien apprécie de pouvoir moduler ses heures comme il en a envie, et comme sa vie de famille le lui demande.

“J’aime pouvoir commencer à travailler et terminer quand j’ai envie, que ça soit à 8h30 ou 10h pour finir peut être parfois à 20h si nécessaire ou bien plus tôt. Si j’ai envie de prendre 3h entre midi et deux pour aller manger en ville, je peux le faire, mais je vais travailler 2h de plus le soir. C’est d’autant plus important pour moi car je suis quelqu’un qui travaille très vite et qui a ensuite besoin de faire reposer ses neurones.

“Certains font ça autour de pauses café/cigarette, moi je préfère enchainer au maximum de travail et me libérer plus tôt pour faire d’autres tâches d’ordre personnel comme m’occuper de mes enfants ou de mon jardin.

“Il y a quelque chose que je n’aime vraiment pas dans le travail au bureau, c’est de perdre du temps. Que ça soit dans les transports ou pendant la pause déjeuner, je suis bien content de pouvoir moduler ce temps pour le consacrer à des choses plus intéressantes que l’ennui.

Les horaires d’Hadrien ne sont pas surveillés. Selon lui, ce n’est pas la peine car l’équipe a établi des relations de confiance.

Hadrien n’aurait pas été contre pousser l’aventure du télétravail total jusqu’au nomadisme digital : “Si je n’avais pas été marié avec des enfants, j’aurais tenté d’être digital nomad pour voyager. Ca m’aurait plu.”

#6 En tant qu’ingénieur web, son travail se voit et il est jugé sur ce qu’il livre

Quand on est développeur web, l’équipe a moyen de voir le résultat du travail produit. Notamment en utilisant un outil comme Github, via lequel les développeurs transmettent le code qu’ils ont réalisé et les autres sont au courant à ce moment-là. “Dès que quelqu’un code, les autres sont au courant. C’est pas applicable à tous les métiers.”

Sachant cela, Hadrien peut être jugé sur ce qu’il livre, et pas sur son temps de présence. D’ailleurs, selon lui, avec les métiers intellectuels, il est difficile de juger le travail sur le temps passé à le réaliser.

“Peut-être que j’ai mis 2h et glandé le reste du temps. C’est un métier intellectuel. Ca demande beaucoup de concentration. On peut pas le quantifier en temps. C’est toujours problématique quand on demande d’estimer une charge de travail à un développeur.”

#5 Ne pas perdre de temps dans les transports

“Quand j’étais chez Overblog, je faisais de la voiture puis du métro, et à chaque fois je me retrouvais dans des bouchons. En métro, tu peux lire, mais en voiture, c’est une perte totale de temps. Mais y en a qui aiment ça. J’habitais pas loin mais il me fallait trente minutes matin et soir. Quand tu cumules sur l’année, ça fait beaucoup.”

#4 Tranquilité

“J’ai travaillé huit ans en open space (espace de travail où tout le monde travaille dans une grande même pièce, sans cloisons entre les différents travailleurs) chez Overblog, avec des gens sympas et d’autres moins sympas. Moi j’aime bien avoir ma tranquilité. L’open space, à la longue, c’est fatiguant. On est obligé d’avoir son casque sur la tête toute la journée pour pas avoir de bruit. Ca donne chaud. Et à quoi bon être dans un openspace si c’est pour avoir un casque sur la tête ? En remote, je suis plus tranquille.”

“Quand on est développeur, on travaille pas toujours en direct. On échange beaucoup par tchat, pas de vive voix. Ceux qui exigent la présence physique, ce sont des managers non techos (techniques) qui sont habitués à travailler comme ça.”

#3 Confort matériel maîtrisé

“Chez moi, j’ai un bureau debout, un grand écran. T’as pas forcément ça quand tu travailles dans un bureau.

“Dans mon métier on change pas mal de boîte. Le matériel n’est pas le même partout. La startup qui vient d’ouvrir n’a pas les moyens. Et dans les SSII, ils donnent des PC Windows hyper bloqués. Moi j’ai acheté mon matériel moi-même. Je le maîtrise. C’est plus confortable pour moi. Le matériel que je choisis me permet d’être le plus productif possible.”

#2 Pas la pression du patron

Beaucoup de monde connaît des moments de procrastination. Ca arrive. A ne pas confondre avec le fait d’être feignant. L’avantage, c’est qu’en remote, on est le seul à vraiment voir ces coups de mou et on peut les gérer sans pression :

“Dans un bureau, tu peux être démotivé aussi. Mais en plus t’as la pression que tu peux être pris en flag en train de glander sur Facebook.”

#1 Etre en remote améliore la communication en laissant des traces écrites

“La communication, c’est extrêmement important. Mais c’est pas spécifiquement lié au télétravail, c’est un problème partout dans les boîtes. Il y a des quiproquos, des pertes de temps, des formes d’incompréhension entre managers, entre les managers et les équipes. Tu développes un truc et en fait on te dit que non.

“L’avantage en remote, c’est qu’il y a des traces écrites, donc il n’y a plus d’ambiguïtés. C’est différent de l’oral. A condition que tout le monde joue le jeu et utilise des outils de gestion de projet, de tchat, et que tout ce qui se décide soit indiqué dans l’outil.”

Top 4 des difficultés du remote, rencontrées et imaginées par Hadrien

Top 4 des difficultés rencontrées par Hadrien Lanneau sur le chemin du remote
Picto : Yaroslav Samoylov

Pour trouver des difficultés, Hadrien s’en réfère un peu à sa propre expérience, et, pour creuser, se met à la place d’autres personnes.

#4 Certains ont besoin d’être entourés d’autres personnes

“La solitude, c’est un problème important pour pas mal de monde. Pas pour moi. Mais certains pensent ne pas y arriver car ils ont besoin d‘avoir des gens avec eux”.

#3 Certains ont besoin d’être surveillés pour travailler

“Certains ont besoin d’être surveillés pour travailler, ont du mal à se motiver pour aller bosser. Moi c’est pas un problème car j’aime mon métier donc je préfère faire mon métier que jouer à la console.”

#2 Devoir venir à Paris voir ses collègues le fatigue et complique sa vie de famille

“J’aime pas devoir monter à Paris régulièrement. J’y vais que pour une journée car c’est compliqué pour les enfants : ma femme ne peut pas aller les chercher. C’est fatiguant : je pars à 4h du matin et je rentre à 23h.”

#1 C’est difficile quand les collègues n’utilisent pas les mêmes moyens de communication

“Si l’équipe utilise Slack mais pas le manager, et qu’il passe l’information de façon orale, puis le met sur Jira (un outil de gestion de projet), ça passe mal. Quand la communication ne se fait pas bien, ça passe mal.”

Les 5 conseils d’Hadrien Lanneau pour bien travailler en remote

Les 5 conseils d’Hadrien Lanneau pour bien travailler en remote
Picto : Andrew Doane

Conseil n°1 : Se créer un bon environnement de travail pour travailler dans bonnes conditions

“Quand on est dans des bureaux, on peut demander du matériel ergonomique. Mais en remote, c’est à toi de le faire seul.”

Conseil n°2 : Avoir envie de travailler seul, sans que ce soit subi

“Il faut avoir déjà l’envie de travailler seul. Il faut que ce soit un choix, pas que ce soit subi.”

Conseil n°3 : Beaucoup communiquer

Comm Florian (portrait n°4), Hadrien trouve qu’il est important de bien communiquer :

“Il faut beaucoup communiquer. Proposer des outils de communication et les utiliser… beaucoup. Il ne faut pas hésiter à faire des calls par téléphone ou vidéo-conférence dès qu’on sent que la communication écrite passe mal.”

“Cependant, la communication est un sujet aussi extrêmement important dans une équipe sédentaire. C’est le problème le plus récurrent que j’ai rencontré dans les différentes équipes avec qui j’ai collaboré.

J’ai commencé le télétravail avec Slack, ce qui a grandement facilité les choses. Auparavant, les télétravailleurs que je connaissais utilisaient majoritairement IRC pour communiquer. Le problème d’IRC, c’est qu’il n’est pas du tout user friendly pour les non tech. Alors ça marchait dans les équipes principalement tech mais ils restaient quand même assez isolé du reste de la société.

“Avec Slack, les choses ont beaucoup bougé car toutes les business unit peuvent communiquer à l’écrit en temps réel. Les outils de visio sont aussi démocratisés et il devient très simple de commencer une discussion sur Slack puis de la terminer sur Hangout pour clarifier les points un peu confus. On peut aussi rapidement démarrer une session de partage d’écran avec ScreenHero pour faire du pair programming ou aider un collègue.

Conseil n°4 : Ne pas faire de remote si on n’est pas capable d’éteindre la playstation à la maison

“Pour en avoir discuté avec pas mal de monde depuis que j’ai commencé le télétravail, j’ai remarqué que seule une minorité est tentée par le télétravail. La plupart ont besoin d’avoir un cadre, des horaires, des collègues à côtoyer. On m’a souvent dit par exemple qu’à ma place, on n’arriverait pas à éteindre la playstation.

“L’employeur pourrait commencer par autoriser 1 à 2 jours de télétravail à ceux qui le souhaitent et voir si les salariés jouent le jeu. Il ne faut par contre pas confondre ça avec les jours de télétravail exceptionnels pour garder le petit malade ou réceptionner la commande Amazon.”

Conseil n°5 : Instaurer un lien de confiance

“La principale priorité pour un travail remote qui fonctionne, c’est de créer et entretenir un lien de confiance entre tous les collaborateurs.

“Je dois avouer que le remote est assez difficile à vendre car l’employeur est souvent quelqu’un d’assez angoissé qui veut absolument tout contrôler. Il faut le rassurer rapidement en instaurant un rapport de confiance.

“À aucun moment l’employeur ne doit pouvoir s’imaginer que le salarié glande devant la playstation au lieu de bosser et à aucun moment, le salarié ne doit se sentir épié. Pour cela, il faut rendre soi même des comptes régulièrement sur son travail, montrer ce sur quoi on avance et ce qu’on a terminé régulièrement. C’est assez aisé dans mon domaine car nous utilisons des outils de travail collaboratif comme Github qui, même dans une équipe sédentaire, permet de savoir en temps réel ce qui a été développé par telle personne.”

Conclusion

A la question “Sur une échelle de 1 à 10, à quel point te sens-tu épanouie au travail ?”, Hadrien Lanneau répond 9. Première raison : il adore son métier. Deuxième raison : pouvoir gérer son temps grâce à la liberté offerte par le remote.

Globalement, Hadrien est donc très content de ce mode de travail. Je pense qu’on peut quand même retenir que le remote est un mode de travail qui peut avoir plusieurs réalités. L’expérience peut être différente d’une entreprise à l’autre. Plus ou moins bien d’une entreprise à l’autre.

Toutes les entreprises n’abordent pas le remote de la même façon. Il n’y a donc pas UNE manière de faire du remote, mais autant qu’il y a d’entreprises. Sport Heroes demande à Hadrien de respecter certains horaires de travail (9h-18h). Et on verra que c’est également le choix des fondateurs de Boondmanager, un entreprise en remote depuis sa création.

Et puis le mode de travail ne fait pas tout. D’autres critères entrent en jeu pour remplir -ou pas- la jauge de l’épanouissement au travail, notamment l’entente avec les collègues et l’ouverture des collègues à accepter qu’un collègue travaille en remote. Sans ça, l’expérience peut être dégradée. Mais Hadrien ne semble pas en tenir compte dans sa note. A chacun de juger des éléments qui sont réellement importants pour son épanouissement au travail.

Enfin, suite à ce qu’a dit Hadrien au sujet de la procrastination (on trouve aussi des procrastinateurs dans les bureaux), je me demande pourquoi le télétravail est perçu comme un mode de travail de procrastinateurs. Je crois qu’il n’y a pas plus de procrastinateurs en remote que dans les bureaux. Au contraire, je crois que les personnes qu’on trouve en remote sont justement les plus auto-disciplinées et responsables face à leur travail. Car c’est nécessaire pour réussir à travailler ainsi.

Partager l'article :
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

2 réflexions au sujet de « Deux Jobs en Remote | Témoignage d’Hadrien Lanneau »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.