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“Mon programme Ikigaï” | Interview de l’auteure Caroline De Surany

Interview de Caroline de Surany, auteure du livre "Mon Programme Ikigaï"
Temps de lecture : 17 minutes

Trouver son ikigaï permet d’être plus épanoui, dans la vie et au travail. Il y a quelques temps, j’ai fait la découverte de ce fameux “ikigaï” et j’ai décidé de me lancer dans la recherche de “comment est-ce qu’on fait pour trouver son ikigaï ?”. Donc j’ai pris plusieurs livres et, à l’issue de la lecture de ces trois livres, j’ai proposé ma propre méthode pour trouver son ikigaï.

Et, quelques temps après, il se trouve que je suis allée à un apéro organisé par des anciens de mon école autour de la thématique des ressources humaines, et j’ai rencontré une personne là-bas qui m’a dit “Ah, tu t’intéresses à l’ikigaï ? Je connais quelqu’un qui a écrit un livre sur l’ikigaï.” Je me suis dit “Ok ! Est-ce que j’ai lu celui-là ?!” Et il se trouve que non. Donc ça tombait bien parce que, comme ça, aujourd’hui, je vous propose l‘interview de Caroline de Surany, qui est l’auteure de “Mon programme ikgaï”, qui est donc un livre dont je n’ai pas parlé dans mes précédents articles sur le sujet puisqu’il ne fait pas partie de ceux que j’ai lus.

Je suis donc très heureuse que Caroline ait accepté de venir en parler, et de venir parler aussi de sa vision de l’ikigaï, de pourquoi elle a écrit ce livre, et toutes les autres choses que vous allez découvrir dans l’interview.

[DEBUT DE L’INTERVIEW]

Pour écouter l’interview au formt audio, cliquez sur le lecteur ci-dessous (Temps d’écoute : 30 minutes).

Pour la version écrite, elle est disponible sous le lecteur.

Les Nouveaux Travailleurs : Bonjour Caroline, tu as écrit un livre qui s’appelle “Mon programme Ikigaï”. Est-ce que tu peux commencer par nous dire qui tu es et pourquoi tu as souhaité écrire un livre sur l’ikigaï ?

Caroline De Surany, auteure du livre “Mon programme ikigaï” : Alors, moi j’ai fait énormément de métiers différents dans ma vie et on m’a beaucoup reproché d’avoir un parcours qui semblait incohérent. J’ai été animatrice radio, blogueuse mode, attachée de presse. J’ai travaillé comme styliste, comme photographe. J’ai vraiment fait beaucoup de choses très différentes les unes des autres.

Et c’est vrai que d’un point de vue extérieur, ça peut paraître vraiment partir dans tous les sens. Et quand j’ai entendu parler pour la première fois de la notion d’ikigaï, j’ai trouvé ce concept génial ! Parce que l’idée de mêler la joie de vivre au fait de se donner un but dans la vie, déjà c’est quelque chose dont je n’avais jamais entendu parler. En France, quand on parle de but dans la vie, c’est toujours un peu sérieux, un peu déprimant. Le “sens”, la “vie”…Il ya  quelque chose d’un peu lourd. Donc ça, ça me parlait beaucoup cette notion-là. Et, surtout, quelque part, chercher mon ikigaï, ça m’a permis de donner un fil rouge à tout ce que j’ai fait. Et, finalement, de trouver que tout ça était très cohérent. c’est simplement une question de point de vue.

Donc j’ai eu envie de partager ça, parce que je me suis dit qu’il devait y avoir des tas de gens comme moi qui étaient peut-être un peu perdus, un peu malmenés par leur entourage. Et qui auraient besoin d’y voir plus clair et de pouvoir faire le point, d’avoir des pistes pour mieux comprendre qui ils sont, et pourquoi ils font les choses. Parce qu’en fait, j’ai découvert aussi avec cette notion-là que donner du sens à ce qu’on fait, c’est vraiment extraordinaire. mais même pour des toutes petites choses.

Dans la vie quotidienne, donner du sens au fait de faire la vaisselle, ça a l’air stupide comme ça. Mais laver la vaisselle c’est une galère, on n’a pas envie, etc. Mais si on réfléchit à pourquoi on le fait, pourquoi on fait ça plutôt que d’aller chez le traiteur et manger directement dans les plats, ou plutôt que d’aller au restaurant tous les soirs, ou plutôt que de racheter des assiettes neuves en jetant les anciennes à chaque fois…Du coup on se donne une raison de faire la vaisselle : “Je fais la vaisselle parce que j’ai envie de manger chez moi, j’ai envie que ma cuisine soit propre, j’ai envie de manger dans de jolies assiettes que j’ai choisies, qui me plaisent, que je n’ai pas envie de jeter après.” Du coup on a envie de faire les choses. Et ça c’est valable pour absolument tout. Et ça aussi c’est vraiment libérateur.

Donc voilà j’ai eu envie de partager cette idée et d’aider chaque personne à donner du sens de manière aussi simple que cette histoire de vaisselle, ou de manière beaucoup plus vaste : donner du sens à sa vie.

Les Nouveaux Travailleurs : Donc tu as cherché toi-même ton ikigaï. Tu as passé combien de temps à faire ça ? Et qu’est-ce que tu as utilisé comme outil pour le trouver à cette époque-là ?

Caroline De Surany : Alors, c’est un moment de grosse remise en question parce qu’en fait j’étais blogueuse mode un peu au top de mon espèce de carrière de blog mode. Ca marchait très bien, j’avais beaucoup de lecteurs, mais j’étais extrêmement malheureuse. Et c’est très curieux. Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi je réussissais. A priori, tous les voyants étaient au vert, mais moi je n’étais pas bien. Et donc j’ai eu besoin de prendre du temps pour réfléchir. Je suis partie en Inde. ca fait un peu cliché, mais c’est la réalité. J’ai fait toute la côte ouest de l’Inde en moto. Et ça m’a laissé du temps pour essayer de comprendre qui j’étais et pourquoi je n’étais pas bien dans ce que je faisais, pourquoi j’avais tout le temps besoin de changer, et pourquoi ça marchait pas.

Et j’ai lu un livre qui m’a beaucoup aidée. C’était un livre de Julia Cameron : The Artist’s Way. Je l’ai lu en anglais parce que j’avais une liseuse et je ne pouvais pas transporter sur une moto des tonnes de livres. Et en liseuse il n’était disponible qu’en anglais… J’ai fait tous les exercices conseillés par ce livre. Et ça m’a beaucoup aidée à comprendre des choses sur mon fonctionnement. Et ça m’a encouragée à développer ça. Et du coup, chaque opportunité que j’ai eue de faire du développement personnel, je l’ai prise. Et en Inde, j’ai rencontré, par hasard (ou pas par hasard), des coachs, des sophrologues, des psys, tout un tas de thérapeutes, je suis allée dans des ashrams. Et donc chaque étape du voyage a été une manière d’évoluer. Ou alors ce sont des aventures qui me sont arrivées et qui m’ont aidée à comprendre des choses sur moi ou sur la vie.

Et donc tout ce temps que j’ai eu (c’était sur trois mois), je me suis rendu compte que c’était un temps que tout le monde devrait prendre à un moment dans sa vie pour réfléchir purement au sens et au choses qui sont importantes, aux valeurs. mais c’est pas quelque chose qu’on encourage, qu’on fait. Alors, il y a des gens qui prennent une année sabbatique pour aller voyager, tout ça, mais c’est quand même assez rare et donc je me suis dit “Comment on pourrait faire pour vraiment prendre du temps pour soi”. Et c’est pour ça que j’ai fait un programme dans mon livre, parce que c’est vraiment la nécessité de stopper le temps et de prendre ne serait-ce que quinze minutes par jour -les exercices que je propose ne sont pas très long. Mais vraiment de se préserver une bulle pour soit pendant trois mois, tous les jours. je crois que c’est vraiment ça qui a été pour moi le déclic.

Les Nouveaux Travailleurs : Tu as écrit un livre sur l’ikigaï parce que tu avais envie de partager ça. Est-ce qu’en fait c’est ton métier d’être auteure et tu as plusieurs livres à ton actif, ou bien c’était vraiment quelque chose de ponctuel pour partager l’ikigaï ?

Caroline De Surany : Alors, j’ai déjà écrit pas mal de livres. Beaucoup de guides pratiques et de développement personnel, mais plus autour de la mode, comment trouver son style, comment se trouver vestimentairement parlant. C’est mon premier “vrai” livre de développement personnel. J’avais fait une BD sur le bonheur, mais là c’est un peu plus recherché. Mais, oui, c’est quelque chose de nouveau d’utiliser mon expérience personnel. Parce que tant que je parlais de vêtements, de mode, etc, je me basais plutôt sur des connaissances. Là, c’était vraiment mon expérience.

Les Nouveaux Travailleurs : Et quel est alors TA définition à toi de l’ikigaï ?

Caroline De Surany : Pour moi, c’est donner un sens qui nous rende heureux et joyeux au quotidien. Donc, c’est donner à absolument tout ce qu’on fait une raison et que cette raison nous donne envie de sauter de joie, mais réellement. C’est-à-dire que ce n’est pas juste “on est content”. C’est plus que ça, il y a un vrai élan.

Les Nouveaux Travailleurs : Et tu parles d’ikigaï, qui est donc un concept japonais. Pourquoi est-ce que tu as choisi d’utiliser ce mot-là et ce concept-là japonais plutôt qu’une autre version qui aurait pu être “donner du sens à sa vie”. pourquoi est-ce que tu as choisi d’utiliser clairement le mot “ikigaï” dans le nom de ton livre ?

Caroline De Surany : Parce que “ikigaï” c’est mêler la joie au sens. Et c’est ça que je trouve important. C’est pas seulement donner du sens, c’est donner un sens joyeux, un sens qui apporte de la légèreté, du plaisir, un élan. Et pas juste le sens comme on peut l’entendre en Occident qui est souvent quelque chose d’un peu laborieux.

Les Nouveaux Travailleurs : Tu as déjà un peu répondu à la prochaine question dans ce que tu as dit avant, mais est-ce que tu peux synthétiser pourquoi est-ce que pour toi c’est important de chercher son ikigaï ?

Caroline De Surany : Parce que c’est la clé d’un bonheur. Mais pas d’un bonheur idéalisé, magique, etc, parce qu’on aura quand même des soucis au quotidien. Mais c’est la clé pour être joyeux dans ce qu’on fait. Et pour être vraiment bien dans ce qu’on fait qui qu’on fasse. Parce qu’en fait ce qui est important, ce n’est pas ce qu’on fait, c’est pourquoi on le fait. Et que ce pourquoi soit quelque chose qui nous rend joyeux, on sera forcément bien tout le temps, où qu’on soit et quoi qu’on fasse.

Les Nouveaux Travailleurs : Rentrons dans le vif du sujet de ton livre ! Est-ce que tu peux nous parler un peu plus du contenu de ce livre, de la méthode que tu proposes. peut-être nous expliquer pourquoi tu as fait le choix de cette méthode-là, comment tu t’y es prise.

Caroline De Surany : Alors d’abord j’ai fait pas mal de recherches, mais il n’y avait pas grand-chose en français sur l’ikigaï. Je trouvais vraiment intéressant l’idée de creuser la question de soi : pourquoi est-ce qu’on est là, qu’est-ce qu’on est venu faire…Chercher du sens demande de se connaître très bien, donc j’ai créé douze chapitres, qui sont douze aspects qui permettent de mieux se connaître et de mieux savoir ce qui est important pour soi.

Ces douze chapitres, je les vois vraiment comme des étapes. Il y a une étape qui est sur le minimalisme, qui me tient particulièrement à coeur, parce qu’on est dans une société où on a tendance à être un peu ce qu’on représente, ce qu’on achète. Du coup, le fait de se détacher du matériel permet d’y voir plus clair.

J’ai aussi un chapitre sur l’entourage. Comprendre qui on est par rapport aux gens qu’on fréquente, aux gens qu’on admire. Mais aussi aux gens qu’on jalouse. Souvent, la jalousie, on a une vision négative de la jalousie. En fait, c’est un outil. Quand on est jaloux de quelqu’un, ça nous indique que cette personne se permet quelque chose que l’on ne se permet pas. Et donc chercher quoi, c’est hyper intéressant. Parce que ça permet vraiment d’être plus heureux. Parce qu’on va trouver une clé importante en creusant cette question-là.

Donc voilà, j’ai fait comme ça des petits chapitres, qui sont en deux parties. La première partie est un peu théorique. J’explique pourquoi c’est intéressant de creuser cet aspect-là. Et la deuxième partie, elle est très pratique. C’est des exercices. Donc chaque chapitre est conçu pour être lu et avoir fait les exercices sur une semaine. Il y a sept exercices, donc un par jour. On n’est pas obligé de faire vraiment un par jour, n peut les rassembler. L’idée c’est que ce ne soit pas trop chronophage, mais il faut quand même bien prendre le temps de le faire, et c’est très important de faire les exercices, sinon ça n’a aucun intérêt de lire ce livre.

Donc ce sont des exercices assez rigolos à faire, et qui sont très révélateurs. Par exemple, il y en a un où il faut lister ses défauts. Ce sont les choses qu’on vous a reprochées, que vous vous reprochez à vous-mêmes, les choses vraiment qui reviennent tout le temps. Et on prend le pire des pires de ces défauts et on le décortique. Par exemple, prenons quelqu’un qui se juge ou qui a été jugé comme “paresseux”. J’avais fait un atelier ikigaï avec des ados et j’avais un “paresseux”. Et donc on a cherché à comprendre ce “paresseux”, ce qu’il faisait, ce que ça lui permettait -car c’est ça la question à se poser : qu’est-ce que ça nous permet d’avoir ce défaut-là ?. Et ça lui permettait de ne choisir que ce qui était vraiment important pour lui. Le reste, il ne le faisait pas. Donc, en fait, sa qualité, c’est qu’il sait sélectionner les choses les plus importantes et canaliser son énergie dans ce qui est important, pas la perdre à tout va.

Autre chose, je prends l’exemple de ce garçon parce que c’était vraiment édifiant. Il m’a dit qu’une des choses qu’il préférait dans la vie c’était faire la sieste. Et on a cherché ce qui était important pour lui. Et ce qui est important pour lui c’est que les gens autour de lui puissent être bien et puissent faire leur sieste aussi dans d’excellentes conditions. Et du coup il réfléchit à une carrière d’architecte ou d’architecte d’intérieur, dans lesquels on se sente bien et on puisse bien dormir.

Donc voilà comment on part de ce qui est censé être un défaut horrible. Et on arrive à, finalement, peut-être même une vocation.

Les Nouveaux Travailleurs : Je trouve ça super intéressant les exemples d’exercices que tu donnes. Ca me fait un peu penser…Moi j’ai créé moi-même des exercices pour esayer de trouver son ikigaï. Il y en a qui, je trouve, se rejoignent un peu. Comment est-ce que toi tu as eu l’idée de ces exercices.

Caroline De Surany : J’ai énormément rencontré de coach, de sophrologues, de psys en tout genre. Aussi, en rentrant à Paris après, pour approfondir la question. Et donc j’ai à la fois repris des exercices qu’on m’a proposé, mais en les rendant plus fun, parce que pour moi la part de joie et de fun est vraiment importante dans l’ikigaï.

En les adaptant aussi à des choses que j’ai découvertes par moi-même. Des petits accidents de la vie, des choses comme ça que je propose de provoquer d’une certaine manière. Par exemple, il y a un exercice c’est “faire ses propres vacances sans partir en vacances”, mais se comporter exactement comme si on était un vacancier pendant une journée complète. Mais en allant au travail, en travaillant, en faisait ce qu’il faut faire, mais en ayant l’état d’esprit vacancier, c’est-à-dire, par exemple, je passe devant une boulangerie, je me dis “Ah tiens, je vais aller m’acheter un pain au chocolat”, ce que je ne me permets pas en temps normal, mais si j’étais en vacances, c’est ce que je ferais, donc je le fais. Voilà, et comme ça, à chaque moment de la journée, agir vraiment avec l’esprit vacances. Et ça permet de se rendre compte qu’on peut tout à fait vivre un quotidien absolument normal tout en ayant plein de petits plaisirs dans la journée.

Ce qui veut dire qu’en fait les histoires qu’on se raconte, genre “il faut être sérieux, il faut faire attention, il faut faire ceci, il faut faire cela”, c’est juste du blabla qu’on se raconte. Et donc c’est assez intéressant de se confronter à ça. C’est parfois des exercices que j’ai inventés complètement à partir de petites expériences comme ça. Parfois, ce sont des exercices de développement personnels que j’ai lus dans le slivres, que j’ai expérimentés avec des professionnels et que j’ai réadaptés.

Les Nouveaux Travailleurs : Tu parlais d’ateliers que tu as fait avec des adolescents autour de l’ikigaï. C’est vrai que le format atelier ça permet de vraiment échanger avec la personne et de creuser avec elle. Moi je me demande toujours comment, justement, au travers d’exercices, réussir à donner suffisamment d’élément à une personne pour qu’elle puisse avancer sans un atelier, sans un coach, sans nous quoi. Comment tu vois ça, toi, au travers de tes exercices ? Comment est-ce que tu fais pour que les gens qui lisent ton livre puissent quand même se débrouiller tout seuls avec ton livre sans avoir besoin de ton atelier ?

Caroline De Surany : Chaque exercice est vraiment extrêmement détaillé. L’explication au début est très très claire. Ensuite, il ya  toute une liste d’étapes de choses à faire. Et à la fin, il y a un petit point pour être sûr vraiment qu’on comprend bien le but de l’exercice. Donc, en principe, c’est vraiment quelque chose qu’on peut faire entièrement seul, et on n’a pas du tout besoin de s’y connaître, ou d’avoir déjà vu un coach ou un psy. C’est vraiment des petites choses toutes simples. Comme ce que j’ai donné en exemple, l’idée de trouver des qualités derrières ses défauts, en se posant des questions très précises et qui, du coup, vont mener à un résultat.

Il y a vraiment à chaque fois des étapes tellement découpées qu’en fait on est accompagné presque comme si on était avec quelqu’un. Après, c’est sûr que si n a des questions, c’est pas possible. Mais vraiment j’ai essayé de faire le plus clair et le plus découpé possible.

Les Nouveaux Travailleurs : J’aimerais relier ton livre au sujet de mon projet Les Nouveaux Travailleurs, qui est l’épanouissement professionnel plus particulièrement. Moi, je différencie l’épanouissement personnel de l’épanouissement professionnel, même si c’est un tout. Mais dans le sens où c’est aider les personnes qui ne se sentent pas forcément bien dans leur travail à se sentir mieux. Et quand j’ai fait ma fameuse méthode sur l’ikigaï, c’était surtout dans cette optique-là, donc c’est pas tellement quelque chose de global pour moi. Je l’ai pris vraiment en pointant sur “comment trouver un travail dans lequel on se sent bien, dans lequel on est épanoui”. Toi, comment est-ce que tu vois le lien entre épanouissement professionnel et l‘ikigaï.

Caroline De Surany : Justement, le fait de trouver qui on est et de donner du sens à ce qu’on fait et un sens qui soit joyeux, ça s’applique au travail. Et d’ailleurs c’est le domaine effectivement où c’est le plus intéressant de l’appliquer, parce que c’est là que ça va permettre soit de trouver un travail plus adapté et d’être mieux, soit de rester dans son travail mais de savoir pourquoi on le fait et d’être bien.

On pense souvent, quand on cherche son ikigaï, que ça va complètement bouleverser son existence. C’est vrai dans le sens où on va être mieux dans sa peau, dans sa tête et mieux savoir pourquoi on fait les choses. Mais ce n’est pas vrai qu’il va falloir forcément démissionner ou changer de boîte ou carrément changer de carrière. En fait, l’intérêt de l’ikigaï justement c’est que, c’est tellement l’essence de ce que vous êtes que, quoi que vous fassiez, vous avez une façon de le faire qui est la vôtre, qui est unique. Et du coup ça permet soit de tenir le coup dans un travail qui, finalement, globalement n’est pas hyper intéressant, mais d’avoir du sens et de savoir pourquoi on le fait.

Par exemple, on peut avoir un travail qui soit fatiguant, pas très intéressant, mais très bien payé. Et on le fait parce qu’on a envie d’avoir cet avantage-là et que c’est très important pour nous dans le sens qu’on met dans la vie d’acheter un très bel appartement par exemple. Et, à ce moment-là, le travail en soi n’est pas épanouissant. Mais quand on sait que la raison pour laquelle on le fait est vraiment essentielle pour nous, parce qu’elle correspond à des valeurs de besoins de sécurité, de vivre dans un bel endroit…On nourrit son travail de cette motivation-là.

Après, l’ikigaï, ça peut aussi révéler que vous êtes un peu à côté de la plaque parce qu’effectivement vous avez choisi un métier qui ne vous permet pas d’utiliser vos capacités et de respecter vos valeurs. Et là, à ce moment-là, effectivement, il faut réfléchir à un changement de carrière. Mais, grâce à l’ikigaï, ça va être beaucoup plus facile d’y voir plus clair, parce que vous allez savoir exactement de quoi vous avez besoin. Et, en cherchant une entreprise, vous allez aussi pouvoir éliminer celles qui ne correspondent pas à vos valeurs, trouver avec lesquelles vous avez le plus d’affinité. Et finalement, vous serez aussi plus appréciés et plus facilement embauchés par une boîte avec laquelle vous avez un maximum d’affinité.

Les Nouveaux Travailleurs : Est-ce que tu aurais des conseils -au-delà du fait de chercher son ikigaï- à donner à ces personnes qui sont en quête d’épanouissement professionnel ?

Caroline De Surany : Alors, je pense que la première chose à faire c’est de lister ses talents. Parce qu’on a tous des talents qu’on en voit pas et qu’on a tendance à ignorer ou à mépriser un petit peu parce que,, justement, ce sont des choses qu’on sait tellement bien faire qu’on pense que tout le monde sait le faire et que ça n’a pas de valeur.Donc, quand on arrive à trouver quelles sont nos forces, quels sont nos talents, c’est là qu’on peut avoir une meilleure idée de ce qu’on peut offrir à une boîte ou même à la société en montant sa propre boîte, etc. Donc, vraiment, je pense que la priorité quand on n’est pas bien dans son travail, ou quand on a envie d’y voir plus clair : lister ses talents.

Comment on fait pour lister ses talents ?  Il y a plusieurs pistes. Ca peut être demander autour de soi, parce que ce qu’on ne voit pas nous, souvent les autres le voient. Ca peut être lister les choses pour lesquelles on nous a fait des compliments. sans vouloir compartimenter au travail, parce qu’on a pu vous faire un compliment sur à quel point votre appartement était bien rangé ou bien organisé, ce qui pourrait vouloir dire que vous avez un talent d’organisation, qui peut servir au travail. Donc c’est intéressant de ne pas compartimenter cette recherche-là, parce qu’il y a des qualités que vous n’utilisez peut-être pas au travail, mais que vous avez.

Donc, chercher ses talents et chercher ses talents les plus forts. Donc ceux qui reviennent, les compliments qu’on vous a le plus faits. Il y a un exercice dans le livre pour trouver son ikigaï qui est vraiment intéressant à faire dans cette démarche-là, c’est de lister vos trois métiers de rêve. Ce sont des métiers que vous ne ferez pas dans cette vie. Parce que c’est trop tard, parce que ce n’est pas possible pour des raisons physiques ou pratiques. Mais ce sont des métiers qui vous font complètement fantasmer. Ca peut être danseuse étoile, acrobate, scientifique, tout ce que vous voulez, il n’y a pas de limite. Et en fait, à partir de ces métiers-là, ce qui est intéressant, c’est de chercher quelles sont les qualités des gens qui font ces métiers. Donc si on prend par exemple la danseuse étoile, il y a la volonté, la persévérance, la discipline. Donc, listez comme ça les qualités qui sont liées à l’image qu’on peut avoir de ces métiers-là. ce ne sont pas forcément des qualités qui sont réelles. ca peut être des qualités qui sont complètement subjectives de votre part, mais c’est ça qui est important.

Et donc, quand vous avez fait l’exercice des qualités (neuf fois sur dix ça marche ; j’ai fait des tonnes d’ateliers et pour 99,9% des gens ça collait), cette liste de qualités en réalité, ce sont des qualités que vous avez. Vous les avez, mais soit vous ne les exploitez pas, soit vous ne les reconnaissez pas en vous. Je vous aurais demandé de faire une liste de vos propres qualités, vous n’auriez jamais mis ça, mais en réfléchissant, en fait vous les avez. Donc ça c’est un moyen très révélateur pour trouver ses talents.

Les Nouveaux Travailleurs : Génial ! Merci beaucoup pour ce conseil et ce petit exercice ! Toi, avant d’écrire le livre, tu as travaillé sur ton propre ikigaï. Est-ce que tu pourrais partager avec nous en une phrase ou deux ce qui, pour toi, est ton ikigaï, ou traduit ton ikigaï.

Caroline De Surany : Alors, mon ikigaï c’est de découvrir et d’explorer de nouvelles façons d’être heureux, d’être bien dans sa vie, et de les partager. Il y a la notion aussi de “beau” qui est très importante, la notion d’esthétique. Donc le partager soit dans un beau livre, soit, par exemple, j’aide pas mal de gens à trouver leur style, parce que c’est beaucoup moins superficiel que ce qu’on peut imaginer. Parce que, qu’on le veuille ou non, quand on s’habille on dit quelque chose. Et ce quelque chose compte. Même si c’est “j’en ai rien à faire”, c’est quand même quelque chose qu’on dit. Donc c’est intéressant de se pencher sur la question. Et l’aspect esthétique pour moi est très important et n’est pas si léger qu’il en a l’air.

Les Nouveaux Travailleurs : Merci beaucoup Caroline pour ce partage à nouveau ! Et merci beaucoup pour toutes tes réponses aux questions. J’ai personnellement trouvé ça très intéressant. J’espère que les personnes qui auront écouté aussi. Donc je te remercie et je te souhaite bon courage pour la suite !

Caroline De Surany : Merci beaucoup et au revoir, à bientôt !

[FIN DE L’INTERVIEW]

Merci d’avoir lu/écouté cette interview. Vous pouvez retrouver Caroline sur son site https://carolinedesurany.com. Vous pouvez également retrouver mes autres articles sur le sujet de l’ikigaï :

Credit photo : Cedrik Verdure

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