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Digital Nomad | Témoignage de Xenia Schwaller, Traductrice Indépendante (Portrait n°3)

Portrait n°3 : Xenia Schwaller, Digital Nomad

Xenia m’a contactée après avoir lu mon témoignage sur mes 5 mois de télétravail à 100% sur Medium. Non seulement Xenia est digital nomad, mais en plus elle promeut ce format-là (comme moi avec LesNouveauxTravailleurs :D) dans son pays : la Suisse. Traductrice de métier, Xenia a progressivement quitté le salariat pour devenir indépendante, et en profiter pour travailler au soleil (Espagne “péninsulaire”, Canaries, Grèce) pendant plusieurs mois chaque année.

Avant de commencer, si tu ne sais pas ce qu’est un digital nomad, je t’invite à lire la définition du digital nomad 🙂

Les 2 raisons qui ont poussé Xenia à devenir digital nomad

Xenia n’est pas devenue digital nomad en un jour. D’ailleurs, quand elle a commencé à l’être, elle ne savait même pas que le concept s’appelait comme ça, et que d’autres personnes vivaient et travaillaient comme elle. Pendant ses années de salariat, Xenia a d’abord pensé à vivre à l’étranger un jour. C’est plus tard qu’elle s’est rendue compte que son métier pouvait facilement s’exercer en tant qu’indépendante et à distance.

Devenir indépendante pour mieux explorer sa créativité

Diplômée d’un Master en traduction (Faculté de traduction et d’interprétation de l’Université de Genève), Xenia est entrée dans le monde du travail comme traductrice dans une banque, en tant que salariée.

Dans sa carrière, il arrivait toujours un moment où Xenia sentait qu’elle ne pouvait pas aller plus loin, qu’elle ne pouvait plus explorer de nouvelles choses et progresser, et que sa créativité était limitée par le salariat. “J’avais l’impression que ma créativité était limitée. C’est peut-être lié au métier de traducteur. Le fait est que l’on peut être beaucoup plus créatifs en étant indépendants. Car on va pouvoir créer son image de marque, faire son propre marketing, sa prospection commerciale. Autant d’aspects auxquels tu n’as pas accès en tant que salariée.”, me dit Xenia.

Après plusieurs années dans cet environnement de travail, Xenia commence à avoir envie d’autre chose, envie d’évoluer, de ne pas rester – année après année – dans le même environnement. Elle voit l’indépendance comme une bonne alternative pour évolueR.

Devenir digital nomad pour vivre à l’étranger une partie de l’année

Au cours de vacances aux Canaries, Xenia a eu un déclic. “J’ai compris que j’avais tout ce qu’il fallait pour travailler depuis la plage”. Comme elle vit en Suisse, où le niveau de vie est assez élevé, elle se dit qu’elle n’aura pas besoin d’un haut revenu suisse pour vivre ailleurs, qu’elle pourra jouer sur la différence de prix.

A ce moment-là, Xenia ne sait pas si elle veut voyager trois mois par an, quitter définitivement la Suisse, ou autre, mais elle sait une chose : “Ce qui m’intéressait, c’était de pouvoir vivre à l’étranger une partie de l’année.”

La transition du salariat au nomadisme digital s’est faite très progressivement (environ 5 ans)

On peut se dire que ce n’est pas évident de plaquer son CDI pour partir dans la double aventure de l’indépendance et du voyage à l’étranger. Mais qui a dit qu’on devait faire la totale d’un coup ? Xenia fait partie de ceux qui sont passés de l’un à l’autre très progressivement, comme le montre ma petite frise chronologique ci-dessous. Xenia est devenue indépendante et digital nomad en 2014, mais elle avait commencé à songer à tout ça environ 5 ans auparavant.

Chronologie de la transition de Xenia Schwaller de salariée à digital nomad

Etape 1 (3 ans) : de salariée temps plein à salariée temps partiel

En 2007, Xenia est entrée comme traductrice au sein d’une banque, à temps plein. Pendant qu’elle y travaillait, ressentant le besoin de faire évoluer sa carrière différemment et de davantage exprimer sa créativité, elle a commencé à réfléchir à devenir freelance à 100%.

L’avantage avec lequel elle partait pour ça, c’est que son métier était transposable en activité indépendante. “J’ai vite compris que mon métier pouvait s’exercer depuis partout grâce à un Wifi et un ordinateur. Je me suis rendu compte que ce métier me permettait ça donc j’ai capitalisé dessus”.

Trois ans après ses débuts, Xenia tombe sur une offre de traductrice à temps partiel. Elle se dit que, finalement, ça pourrait être une manière de préparer la voie vers l’indépendance de manière progressive.

Elle se rend à l’entretien plus par curiosité qu’avec de véritables attentes sur le poste en question. Mais, finalement, l’entretien se passe très bien, les personnes ont l’air sympathiques, il y a une culture des horaires plus flexibles, et des conditions salariales avantageuses

En 2010, Xenia accepte donc le poste à temps partiel dans cette deuxième banque.

Etape 2 (4 ans) : 60% en salariat, 40% en indépendante

A ce moment-là, Xenia prévoit de rester deux ans dans cette nouvelle boîte. Grâce au temps partiel, elle commence à développer son activité de traductrice indépendante. “J’ai commencé par m’adresser à des agences de traduction que j’avais dans mes contacts, et qui sous-traitent en plus de l’interne.”

La transition financière entre les deux situations s’est faite sans douleur. Même en passant à temps partiel, Xenia n’a pas eu besoin de taper dans ses économies. D’abord parce qu’elle avait quand même un bon salaire, et ensuite parce que les mandats de traduction ont commencé à arriver assez rapidement par les agences.

Finalement, alors qu’elle avait prévu de rester deux ans, Xenia reste quatre ans dans cette banque, enthousiasmée par de nouveaux défis qui se présentent. Au fil du temps, elle passe d’un contrat de 50% à un contrat de 60%.

Etape 3 : de 40% indépendante à 100% indépendante

En 2014, après quatre ans dans la deuxième banque, et près de cinq ans environ après ses premières envies de devenir indépendante, Xenia se sent prête à devenir freelance à 100%. “C’est venu quand j’ai eu l’impression d’avoir tout donné et tout pris de ce travail. Une fois toutes les possibilités épuisées, je n’avais pas forcément envie de continuer dans cette voie, alors j’ai continué à franchir le pas.”

A nouveau à cette étape, Xenia n’a pas eu de difficultés financières. Son revenu n’a pas changé entre l’étape 2 et l’étape 3 car elle avait une palette de clients suffisante.

Aujourd’hui, Xenia est donc traductrice indépendante de l’allemand vers le français.

Ses débuts en tant que digital nomad : de quelques mois aux Canaries à plus d’appart’ du tout

En tant que digital nomad, Xenia a fait les choses progressivement à nouveau. Elle a commencé à voyager tout en gardant son appartement à Genève. Ce n’est qu’au bout d’un certain temps qu’elle le quitte et se débarrasse de certaines de ses affaires (en bougeant plusieurs mois par an, on apprend à vivre avec moins d’affaires car on ne peut pas emporter sa maison avec soi à chaque fois).

2014-2015, première année de nomadisme digital : Xenia passe l’hiver aux Canaries et se rend compte qu’elle n’est pas la seule digital nomad

Paysage des Canaries, où Xenia a décidé de travailler lors de sa première année en tant que digital nomad
Une des vues dont Xenia a pu profiter pendant son nomadisme digital aux Canaries

Pour sa première année en tant qu’indépendante, Xenia garde son appartement à Genève, mais décide de passer l’hiver (trois mois) au soleil aux Canaries, car elle avait adoré y passer des vacances.

En rentrant de son séjour, elle entend parler pour la première fois du concept de “digital nomad” dans une revue sur le management. C’est comme ça qu’elle découvre que c’est exactement ce qu’elle fait, et qu’en plus d’autres personnes le font aussi !

2015-2016, deuxième année de nomadisme digital : Xenia lâche son pied-à-terre de Genève et retourne aux Canaries

Après avoir kiffé son premier hiver au soleil, Xenia décide de renouveler l’expérience l’hiver d’après. Elle lâche son appartement genevois, met ses affaires dans un garde-meubles, et repart aux Canaries. Cette fois-ci, au lieu d’aller dans le Sud de Fuerteventura, elle se pose à Corralejo, au nord de l’île.

Carte de Fuerteventura, île des Canaries espagnoles, au large du Maroc

En se baladant dans les rues, Xenia découvre un espace de coworking. “Je savais ce qu’était un coworking, j’en avais déjà visité à Genève, mais je ne m’attendais pas à en voir à Fuerteventura !”. Elle y rencontre d’autres nomades numériques et travailleurs remote. Ces rencontres, puis une retraite entre femmes nomades avec Digital Nomad Girls (septembre 2016), lui donnent envie de promouvoir le concept en suisse francophone. Elle crée donc le blog Aux Bonheurs Nomades en été 2017.

Portrait Digital Nomad #1 : l'espace de coworking Hub FuerteVentura
L’espace de coworking Hub Fuerteventura – Photo originale : https://hubfuerteventura.co

Bien qu’elle n’ait plus d’appartement, Xenia garde sa base fiscale et administrative à Genève. Mais elle n’est pas sûre que ça reste ainsi au cours des cinq prochaines années.

Pour la suite de sa vie de nomade, Xenia vend les trois-quarts de ses affaires et vit entre plusieurs logements

A son retour, Xenia n’a plus envie de chercher un appartement à Genève. Elle décide de se séparer des trois-quarts de ses affaires et d’entreposer le dernier quart chez ses parents.

L’étape n’est pas si facile. Se débarrasser de ses affaires se transforme en un long processus. La logistique n’est pas vraiment facile car elle a du mal à trouver des personnes qui veulent récupérer ses affaires. “Surtout les livres, personne n’en veut. Même les oeuvres caritatives n’en voulaient pas”. Elle utilise les “boîtes d’échange entre voisins” (comme les Boîtes à don parisiennes), ces boîtes dans lesquelles tu peux déposer les objets dont tu ne veux plus, et que d’autres personnes du quartier peuvent récupérer gratuitement et librement. Xenia fait tout le quartier, toutes les boîtes, et réussit comme ça à liquider toutes ses affaires.

A partir de ce moment-là, Xenia n’a plus d’appartement. Pour se loger en tant que nomade, tantôt elle sous-loue l’appartement d’un ami, lui-même nomade qui cherche à sous-louer quand il n’est pas là, tantôt elle va chez ses parents. Elle y reste autour de trois mois à chaque fois.

Les flexibilités, grand avantage du nomadisme digital aux yeux de Xenia

Comme beaucoup de personnes qui travaillent en remote ou comme digital nomads, Xenia est comblée par la flexibilité que ce mode de vie lui apporte. Je parle volontairement de flexibilités au pluriel car il y en a plusieurs sortes : la flexibilité de choisir quand partir à l’étranger et combien de temps y passer, la flexibilité des horaires de début et fin de journée, la flexibilité du rythme.

Les flexibilités du digital nomad

Flexibilités géographiques : Xenia part où elle veut, quand elle veut, le temps qu’elle veut

Les flexibilités géographiques, c’est à la fois le fait de pouvoir choisir quand partir (sans avoir besoin de demander la permission), mais aussi combien de temps (et pas en fonction du nombre de RTT et de jours de congés :)).

“Demain, si je décide de partir à Copenhague deux mois, je pars deux mois”

Lors de sa première année de nomadisme numérique, Xenia est partie trois mois. La deuxième, six mois en tout, mais pas d’affilée. Elle est partie deux mois, revenue à Genève, repartie, revenue…

Et lors de sa troisième année, elle est restée sept mois d’affilée en Suisse (un peu trop en fait à son goût), est partie deux mois en Grèce, revenue trois semaines en Suisse, et repartie trois mois aux Canaries.

Calendrier des mois où Xenia était à Genève et à l'étranger depuis qu'elle a commencé à être digital nomad

Et pour chaque fois où elle part, pas besoin de planifier au-delà de trois mois à l’avance. D’ailleurs, plein de personnes rencontrées dans les espaces de coworking aux Canaries ne savaient pas ce qu’ils allaient faire, ni combien de temps ils allaient rester.

“Beaucoup de personnes ont naturellement besoin de planifier. Noël, le plan de carrière et les entretiens de fin d’année dans son entreprise, l’hypothèque pour la maison, les crédits à rembourser… Maintenant, ce mode de pensée ne m’est plus naturel. Il me fait presque peur.”

Flexibilités horaires : Xenia a inventé son propre rythme “2-1”

Xenia s’est inventé un rythme de travail un peu particulier. J’ai appelé ça le rythme “2-1” parce qu’elle travaille deux (2) heures puis fais une longue pause d’au moins une (1) heure. “C’est propre au métier de traductrice. Ca mobilise toujours la même fonction cérébrale, donc c’est fatigant et lassant”.

Pendant sa pause, Xenia va se balader, parler à des gens, ou d’autres activités pour se changer les idées.

Selon les périodes, Xenia change aussi ses heures de début et de fin de journée. “Si j’ai envie de faire une journée de 7h-12h puis de 17h-20h, je peux”. En principe, elle aime commencer tôt (vers 9h au plus tard), mais il y a des périodes où elle préfère faire du yoga le matin, ou prendre son petit déjeuner à l’extérieur.

Top 7 des difficultés rencontrées dans sa vie de digital nomad et des remèdes que Xenia a trouvés pour les surmonter

Le mode de vie des digital nomads contient son lot de désagréments, importants à prendre en compte quand on envisage de passer à ce mode de vie. Xenia ma cité sept difficultés qu’elle a rencontrées, et ce qu’elle a entrepris pour y remédier.

Top 7 des difficultés rencontrées par Xenia Schwaller dans sa vie de digital nomad

Difficulté #7 : une zone de voyage limitée à quatre heures de décalage horaire

Les clients de Xenia ont l’habitude qu’elle leur réponde dans l’heure donc, au-delà de quatre heures de décalage horaire, ça devient difficile à gérer pour elle. Elle choisit donc des destinations dans une zone de maximum quatre heures de décalage horaire.

Fuseaux horaires à moins de 4h de décalage horaire
En rouge : fuseaux horaires à moins de 4h de décalage horaire, soit la partie du monde où Xenia peut faire du nomadisme digital. En gris : le reste du monde, peu accessible pour Xenia tant que ses clients sont en Suisse.

Jusqu’à présent, elle a privilégié l’Europe : Espagne “péninsulaire” (Jávea, entre Alicante et Valence), Canaries (Lanzarote, Fuerteventura, Grande Canarie), Portugal (Lisbonne), Grèce (Cyclades).

Les points de chute de Xenia, principalement en Europe : Canaries, Lisbonne, Javea, Cyclades

Le remède de Xenia contre la difficulté #7

A long terme, Xenia envisage de se rendre dans des pays plus lointains. Pourquoi pas rejoindre la communauté de digital nomads à Medellin en Colombie ? Ou tester d’aller à Chiang Maï, la Mecque des nomades numériques ? “Ca m’amuserait de voir toute cette communauté.”

Mais aujourd’hui, qu’on se le dise, Xenia a trouvé son paradis à Fuerteventura, et aux Canaries de manière générale. Un coworking à 10 minutes de la plage, des gens détendus, l’accès au désert en un tour de bicyclette, une destination bon marché, un Wifi qui fonctionne bien, l’accès à des cours de yoga (visiblement important pour les nomades), et une région qui se développe bien du fait qu’elle est politiquement rattachée à l’Europe.

Difficulté #6 du nomadisme numérique : trouver un forfait téléphone et une connexion Internet pour bien travailler depuis les pays dans lesquels on voyage

“Ca a été toute une histoire au début. Quand je suis partie pour la première fois en 2014, je cherchais un abonnement de téléphone, même cher, qui inclurait quelques données de navigation. A cette époque, cela n’existait pas. Je partais trois mois à l’hôtel, mais il n’y avait pas le Wifi partout, ou bien il ne marchait pas toujours très bien.”

Le remède de Xenia contre la difficulté #6

“J’ai fini par acheter un téléphone qui fonctionne avec deux puces. J’ai acheté une puce espagnole pas trop chère. C’était un peu du bricolage la première fois.”

Pour que ça n’ait pas trop d’impact sur son travail, Xenia avait trouvé une réponse originale à cette difficulté : réorganiser sa manière de travailler. “J’ai appris à segmenter mon travail. Je traduisais au calme, faisais un premier jet, et notais les questions. Pour faire les recherches nécessaires sur Internet, j’allais dans un café avec le Wifi.”

Entre temps, des opérateurs suisses ont proposé des forfaits avec 2 Go de navigation Internet en Europe, incluse dans l’abonnement. “C’est suffisant pour faire mon travail sur Internet, car je n’ai pas beaucoup besoin de télécharger ou quoi. Mais, en général, maintenant, je vais dans des coworkings, où je suis sûre d’avoir une connexion Wifi.”. Xenia veille aussi toujours à ce qu’il y ait le Wifi dans les appartements/studios qu’elle loue.

Les nouveaux forfaits permettent aussi d’appeler partout en Europe. Mais, ceci dit, comme les clients de Xenia la contactent plutôt par e-mail, elle n’a pas tant besoin de téléphoner que ça.

Difficulté #5 du nomadisme numérique : être opérationnelle tout de suite quand on prend l’avion

“C’est difficile mentalement -vu que j’ai activité très cérébrale- de prendre l’avion, débarquer, et être opérationnelle 24 heures après.”

Le remède de Xenia contre la difficulté #5

“Si je vais dans un endroit que je ne connais pas du tout, je commence par des vacances, par explorer, me poser, prendre mes marques.”

Difficulté #4 du nomadisme numérique : penser à prendre du temps pour soi

Le mode de vie de digital nomad permet de voyager -une activité associée habituellement aux vacances. Sauf que les digital nomads voyagent tout en travaillant. Ce mode de vie peut alors devenir un piège : on peut oublier de prendre du temps pour soi, pour déconnecter de temps en temps, reposer l’esprit, se ressourcer.

“A noter cependant, qu’à mon avis, c’est un piège qui concerne aussi tout entrepreneur ou indépendant (qu’il voyage ou non)”.

Le remède de Xenia contre la difficulté #4

C’est le grand piège dans lequel Xenia est tombée. Elle attendait d’avoir moins de travail, ou juste de “se souvenir” de prendre des vacances. Après trois ans de nomadisme numérique, elle a décidé de garder du temps pour elle : “Je me suis fait une promesse cette année : planifier mes vacances à l’avance. Cette année, je vais faire un mois de pause.”

Mais à quoi ressemblent des vacances de digital nomads ? S’ils travaillent dans des environnements où ils côtoient régulièrement les palmiers, la plage, le sable, que changent-ils pour se sentir en vacances ?

Bien qu’elle n’ait pas encore de réponse définitive à apporter à cette question, Xenia propose quelques pistes : “Pour moi, l’essentiel est surtout de me tenir éloignée de l’ordinateur, de limiter le temps passé sur les réseaux sociaux (à quelques heures tous les deux jours), de changer de rythme, de faire une pause et de laisser d’éventuelles nouvelles idées venir.”

En plus des vacances, Xenia a décidé de se mettre au yoga, pour prendre du temps pour elle. Elle utilise les cours gratuits d’une chaîne de yoga en anglais sur Youtube.

Difficulté #3 du nomadisme numérique : trouver un lieu de travail où on travaille bien

On pourrait penser que c’est facile de trouver un lieu où bien travailler lorsqu’on se prend son propre appartement ou chambre d’hôtel. Mais ce n’est pas si évident en réalité. “Surtout à l’hôtel”. Lors de son premier voyage de digital nomad, Xenia a passé trois mois à l’hôtel et s’est rendue compte de la difficulté :

  • la femme de chambre qui passe et donc dérange
  • des hôtels de plage (et pas business) où il n’y a pas toujours de table où s’installer pour travailler
  • un éclairage souvent tamisé, fatigant pour les yeux
  • un Wifi qui n’est pas toujours fiable/constant

Xenia n’a pas forcément trouvé mieux dans les appartements, qui n’ont parfois que des tables basses, ou dans les cafés : “J’ai besoin de m’étendre et de calme donc les cafés, c’est pas idéal pour moi”.

Le remède de Xenia contre la difficulté #3

“Je privilégie des destinations où il y a des espaces de coworking. Ou bien, quand je loue des studios, je me renseigne auprès des propriétaires pour être sûre d’avoir une vraie table, pas une table basse.”

Difficulté #2 du nomadisme numérique : la solitude de la traductrice, de l’indépendante, et du voyage solo

Xenia connaît une première solitude liée directement à son métier. Et ce, qu’elle soit salariée ou indépendante. “La traduction est un métier très solitaire, y compris en entreprise”.

Ensuite, lorsque Xenia voyage, elle le fait seule. Si elle ne va pas dans un espace de coworking ou autre lieu où elle peut rencontrer des gens, il est probable qu’elle passera la majeure partie du temps en mode solitaire. C’était notamment le cas quand elle est allée en Grèce. Et pour cause, certaines îles des Cyclades ne sont pas très peuplées et plutôt isolées, surtout hors saison lorsque les connexions maritimes ou aériennes avec le continent sont moins fréquentes.

Contrairement aux salariés classiques, cette solitude “en voyage” n’est pas compensée par le fait de retrouver ses collègues et un environnement très social après le voyage. Quand on est indépendant, on peut se sentir très isolé.

Le remède de Xenia contre la difficulté #2

Xenia a trouvé plusieurs remèdes à cette difficulté. Elle a participé à une retraite d’une semaine avec d’autres femmes nomades, une manière de voyager avec des personnes qui partagent le même état d’esprit. “C’est important d’être entouré de personnes du même état d’esprit.” Cette expérience lui a coûté 500€, sans le trajet, mais avec le coworking, coliving, petit déjeuner, et des activités.

Elle essaye aussi de rencontrer du monde, via les espaces de coworking, des événements avec d’autres personnes, et des meetups qu’elle organise. Elle aime rencontrer d’autres entrepreneurs car leur motivation pour leur projet l’inspire.

Xenia a aussi une forte volonté de développer l’aspect relationnel de son métier. “Je commence à accompagner des étudiants en dernière année de traduction dans le cadre du programme officiel de l’Université de Genève d’une part et en collaboration avec l’association des étudiants en traduction d’autre part. C’est aussi pour moi l’occasion d’appliquer certaines techniques de réalisation d’objectifs tirées de la PNL (programmation neuro-linguistique ; j’ai suivi une formation PNL orientée sur le coaching en 2014). A terme, je souhaite aussi accompagner (sous forme de mentorat) des personnes intéressées par le nomadisme digital.”

Cependant, Xenia a aussi un autre avis sur la question. Pour elle, premièrement, on peut se sentir seul même quand on travaille dans une entreprise avec d’autres collègues.

Et deuxièmement, elle trouve que la solitude a aussi du bon. Se retrouver seul face à soi-même (notamment quand on voyage seul), permet d’être confronté à soi-même, de mieux connaître ses limites, ses schémas récurrents. Finalement, c’est une grande richesse que d’être seul. “Personnellement, je peux vivre avec deux ou trois mois de solitude par année. Mais c’est pas fait pour tout le monde. Ca peut faire peur à certains”.

Et, justement, lorsque l’on travaille dans une entreprise, entouré d’autres collègues, on n’a pas toujours l’occasion ou le temps de se remettre en question. “On est parasité par d’autres problèmes externes obnubilé par les problèmes qu’on a avec son chef ou des collègues…”

Difficulté #1 du nomadisme numérique : le logement, la bête noire de Xenia

C’est revenu à plusieurs reprises dans notre interview : Xenia est fatiguée de devoir s’occuper de la logistique pour trouver un logement à chaque fois.

Elle a testé plusieurs types de logement pour trouver ce qui lui convenait le mieux :

  • Coliving (une colocation organisée par des personnes qui gèrent un espace de coworking)
  • Sous-location de chambre chez des amis
  • Chez ses parents à Genève
  • Location d’appart-hotels
  • Location de studio sur Airbnb dans les destinations qui le permettent (ce n’est pas très développé dans les Cyclades par exemple; ou bien c’était dans des villages excentrés alors que xenia préférait être en ville)
  • Location de studios sur booking

Aujourd’hui, après trois ans à vivre de cette manière, Xenia ressent le besoin d’avoir une base quelque part rien qu’à elle. “C’est fatigant de toujours devoir réfléchir à où on va vivre, où on va habiter. J’ai besoin d’un endroit où je peux me concentrer.”

Le remède de Xenia contre la difficulté #1

Xenia n’a pas encore remédié à cette difficulté, mais elle songe à reprendre un appartement en location. “J’ai envie d’avoir ma base pour moi pour aller venir quand je veux, être plus libre en somme”.

Tu veux devenir digital nomad ? Xenia te donne ses conseils

Devenir indépendant : anticiper l’aspect financier

Le temps de développer son activité d’indépendant, on peut se retrouver avec des revenus inférieurs à ceux qu’on avait en tant que salarié, voire avec pas de revenus du tout. Xenia conseille donc d’anticiper cette baisse, de trois façons :

  • Vérifier que tu as suffisamment d’économies pour tenir un certain temps sans revenus
  • Et/ou partir dans un pays qui coûte moins cher (Thaïlande, un pays d’Europe de l’Est)
  • Et/ou prendre n’importe quel travail qui n’exige pas d’investir trop d’énergie, même à 50% pour avoir un certain revenu, et avoir l’esprit libre pour développer ton projet

Devenir nomade : se renseigner et tester avant de se lancer à 100%

Devenir nomade, c’est changer de mode de vie. C’est quand même pas rien. “C’est un milieu particulier. On parle beaucoup de marketing, de stratégie de médias sociaux, d’équilibre vie pro/vie perso. Ca peut plaire ou pas.” Xenia trouve donc important de bien se renseigner sur ce mode de vie avant de se lancer à 100% dedans :

  • Regarder les ressources qui parlent de ce mode de vie : groupes Facebook, blogs
  • Rencontrer des digital nomads et leur poser des questions sur leur quotidien pour en comprendre les tenants et aboutissants
  • Regarder au-delà du côté paillette et garder un oeil critique. “Attention au rêve du revenu passif avec les doigts de pieds en éventail et les revenus qui tombent tout seul”.
  • Voir comment ton activité professionnelle est “nomadisable”.Ca demande beaucoup de travail donc, tant qu’à faire, autant que ça te plaise vraiment et corresponde à tes compétences”. Beaucoup de métiers sont nomadisables, à l’exception de métiers “physiques” (médecin, masseur, BTP…). “Il y a énormément de possibilités. Souvent les frontières sont psychologiques. La difficulté peut aussi être d’identifier ses compétences particulières. On est souvent doués pour beaucoup de choses, mais on ne le sait pas.”
  • Si ton activité professionnelle ne l’est pas, pense à une passion. Mais attention, quand on transforme une passion en activité professionnelle, elle peut perdre de sa magie. “Moi je pense que le piège c’est de vouloir transformer n’importe quelle passion en activité pro. C’est possible, mais il faut être conscient que ça peut être difficile.”

En plus de se renseigner, Xenia conseille aussi de tester :

  • Commencer par être nomade en région avant d’aller à l’étranger
  • Passer du temps aux Canaries, en Thaïlande ou autre, et regarder comment ça se passe, les profils qu’on rencontre, comment on s’adapte à de nouvelles circonstances (nouvel appart, nouvelles personnes). “Ca demande d’aimer ça ou d’être assez solide psychologiquement”.

Les conseils de Xenia Schwaller pour devenir digital nomad

Conclusion

Devenir digital nomad, ce n’est pas toujours synonyme d’indépendance, comme le choix de Xenia. Il existe des entreprises qui acceptent que leurs salariés travaillent depuis l’étranger, voire changent de pays de temps en temps. On appelle ça le travail remote.

Lorsque je travaillais chez NouMa, c’est ce qu’ont fait certains de mes collègues. Deux d’entre eux travaillaient en Espagne. Puis l’un a quitté l’Espagne pour l’Irlande, l’autre pour le Costa Rica, puis Munich en Allemagne.

De la même manière, comme Xenia l’évoque dans ses conseils, de nombreux métiers permettent de devenir nomades, pas seulement celui de traductrice, ou de développeur web ou graphiste comme on l’entend le plus souvent. Si tu veux travailler pour toi (en indépendant), il faut trouver ce qui, dans tes compétences, peut te permettre de travailler à distance.

Et ensuite, pour être digital nomad, et pas “simplement” indépendant, il faut te demander ce que tu attends de cette vie à l’étranger, comment tu l’imagines, et que tu saches dans quoi tu vas.

Le portrait de Xenia est le premier d’une série. Pour recevoir les prochains directement dans ta boîte email, inscris-toi gratuitement à la newsletter.

Avec la newsletter, tu recevras aussi tous les autres articles (pas que les portraits) qui traitent du remote, des digital nomads, des slasheurs, et des corporate hackers 🙂

Source pictogrammes : indra anis, Delwar Hossain, Gan Khoon Lay, My name is mud

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6 réflexions au sujet de « Digital Nomad | Témoignage de Xenia Schwaller, Traductrice Indépendante (Portrait n°3) »

  1. Bonjour et merci pour cet article qui montre bien que ce n’est pas si facile que ça de devenir (et surtout d’être) nomade digitale. En tant que psy, nomade moi-même, je travaille surtout avec des expats mais aussi avec des nomades et leurs problèmes ressemblent bien aux difficultées nommées par Xenia. La solitude, les relations superficielles et puis la réalisation que les problèmes eux ne restent pas à la maison quand on part loin 😉

    1. Bonjour Sonia,
      Merci pour ce partage 🙂 Je pense qu’il faut effectivement être très attentif aux différents aspects de ce mode de travail, et ne pas se lancer dans l’aventure sans en avoir pris conscience. Pour ce qui est de la solitude et des relations superficielles, peut-être que ça peut être comblé en voyageant avec d’autres digital nomads. Il y a de plus en plus d’initiatives comme ça. J’en parle dans un autre article : https://lesnouveauxtravailleurs.fr/7-sites-pour-partir-en-voyage-entre-digital-nomads/

  2. Bonjour Isis,

    Merci pour cet article, et surtout pour ton blog dans lequel je me retrouve à 100% !

    En effet, devenir digital nomad n’est pas aussi simple qu’il y paraît à première vue, et je suis d’accord avec le fait que la solitude est le plus grand danger que l’on puisse rencontrer. Il est donc important de s’y préparer, et d’aller bosser régulièrement dans des espaces de coworking ou tout simplement dans un café, ne serait-ce que pour changer d’air et voir du monde.

    Pour les relations superficielles, je pense que c’est comme partout: tout va dépendre des personnes que tu rencontres et de combien de temps tu restes sur place.

  3. Waow ! Bravo pour cet article. Extrêmement complet et très inspirant. On se prend vraiment à l’histoire tout en retirant une tonne d’informations très intéressantes.
    J’ai personnellement envie de me lancer dans l’aventure du Digital Nomad dans les prochaines années afin de bien préparer mon “départ”, le grand saut. Lire des articles comme celui me conforte sur certains points que je connaissais déjà et m’instruis en m’en faisant découvrir bien des autres.
    Sortir de sa zone de confort est un vrai challenge mais c’est surtout un état d’esprit. Une fois développé, bien que l’on rencontrera toujours des difficultés, il sera toujours possible de les braver et d’en tirer un réel apprentissage.

    Pour ce qui est du logement, je pense que lorsque l’on décide de partir et on ne sait pas quand et si on reviendra, il peut être intéressant en fonction de ses revenus d’investir dans l’immobilier. Un bien que l’on peut louer en saisonnier afin qu’il ne devienne pas un cout sans pour autant chercher de s’enrichir… Ainsi cela nous donne un pied à terre. A réfléchir, si des personnes l’ont déjà fait, bon investissement ?

    Bonne aventure !

    Au plaisir,
    Kevin

    1. Bonjour Kevin,
      Merci pour ce retour très positif 😀

      Je pense effectivement qu’investir dans l’immobilier peut être une piste pour une partie des personnes qui souhaitent avoir un moyen d’avoir un pied-à-terre. Il faut alors inclure le coût du remboursement du crédit dans les dépenses des mois à venir. Ca peut être une difficulté de devoir payer ça si on démarre dans son activité en ligne et que les revenus sont faible sou incertains.

      Personnellement, pour l’instant, je compte faire comme Xenia. Mon pied-à-terre sera à Montpellier, chez mes parents 🙂

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